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Soumission de Laurent.

Je suis en train de terminer un livre qui, sans payer de mine, est vraiment pertinent. Écrit en 1970, il retrace l’histoire de l’anarchisme en Espagne du 19e siècle jusqu’à la Guerre d’Espagne. C’est extrêmement intéressant, car, si on en sait déjà peu sur la Guerre d’Espagne (exception faite des anarchistes, car cette guerre civile est un moment clé de ce courant politique), il me semble qu’on en sait encore moins sur la période précédant cette guerre.

On y découvre l’histoire particulière de la péninsule ibérique, qui a une tradition surprenante de pensée libertaire. En effet, tandis que se répandait partout en Europe la pensée de Marx, et que le communisme séduisait la classe prolétaire, la campagne espagnole (L’Espagne était beaucoup moins urbanisée que le reste de l’Europe) était plus séduite par la fougue et la spontanéité des idées de Bakounine et de l’idéal anarchiste. À ses débuts dans ces contrées, l’anarchisme était peu organisé, et prenait une tournure très lyrique, salvatrice, quasi-religieuse: pour les populations rurales en manque de tout, il offrait la promesse d’un monde meilleur et, surtout, d’un repartage des terres. Je ne vous raconterai pas le livre, mais pour vous mettre l’eau à la bouche, on y raconte des histoires de villages se déclarant spontanément “indépendants” et entrant en grève sociale, générale et illimitée, ou encore de contrées entière se révoltant au simple mot d’ordre “c’est aujourd’hui la Révolution”. Plus tard dans l’histoire – le livre retrace 75 ans d’histoire passionnante – l’Idée se concrétisa, notamment au sein d’une puissante organisation anarcho-syndicaliste qui lutta très longtemps contre le gouvernement.

Le livre termine aux débuts de la Guerre d’Espagne – qui, en soit, est une période de l’histoire méritant d’être approfondie, car c’est possiblement le seul moment dans l’histoire de l’humanité où l’autogestion a été vécue par autant de gens, à une si grande échelle – dans la partie du pays aux mains des Républicains, on compte un grand nombre de villages anarchistes, des communes libertaires, et de très nombreuses usines collectivisées…

Ce qui m’intéresse dans ce livre, c’est qu’il fournit une piste de réponse à la question “Comment faire la Révolution?”. Car lorsque Franco prit le pouvoir, il reçut très peu d’opposition de la part du gouvernement en place – ce sont les syndicats anarchistes qui, les premiers, montèrent au front et permirent aux Républicains de se réorganiser. Les ouvriers (et ouvrières? pas sûr…) durent extorquer du gouvernement l’accès aux réserves d’armes fédérales lors de la junte militaire. Et si l’autogestion se répandit si rapidement, particulièrement en Catalogne, c’est qu’était déjà établie une culture libertaire, qui attendait le moment propice pour passer à l’action! Je citerai le livre en question, à la page 133: “Ainsi l’impensable paraît prendre figure réelle. Cette révolution anarchiste qu’il fallait jusqu’ici ranger dans la catégorie des utopies, voici qu’un sursaut inespéré de l’histoire lui donne corps.”

Ce livre est une fenêtre sur les conditions bien spéciales qui menèrent le peuple espagnol à la révolution libertaire. Disponible en tombant dessus par hasard au local de l’AGECVM, ou à la bibliothèque, si vous êtes vraiment chanceux-euses!

Anarchistes d’Espagne, Jean Bécarud et Gilles Lapouge, éditeur André Balland (collection “R”), Paris, 1970
De lecture fluide et passionnante, un portrait historique fortement politisé et bien synthétisé, je recommande chaudement ce livre.

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D’accord, d’accord. J’ai promis à Mariane que je le ferais, alors je vais le faire. Non que ce ne soit si difficile, c’est simplement que y’en a tellement à dire et je suis plutôt paresseuse, si je m’écoutais j’en ferais la base d’un travail d’analyse d’au moins une dizaine de pages.

Eh oui, je parle bien du Deuxième sexe, tome 1 et 2, écrit par la grande Simone de Beauvoir. En fait ce que j’aimerais faire c’est un résumé, donc bref mais rendant compte de façon non équivoque de la pertinence et de la portée de ces bouquins, et d’une façon qui m’assurerait que chaque personne lisant ce résumé serait amené-e à non pas simplement conclure que c’est effectivement une base d’introduction au féminisme mais aussi à comprendre pourquoi le féminisme est toujours d’actualité.

Bon j’suis mal partie, comme d’habitude je me perds en introduction. Mais voilà. Tout d’abord, la structure de l’essai. Il faut mettre en lumière son ingéniosité. Parce que Simone, à travers 2 bouquins de poche, réussit à faire un survol global mais complet de la situation de la femme, depuis les hommes qui traînaient les femmes par les cheveux jusqu’à la fin des années 40 de l’ère moderne.

Et en plus, c’est pas plate! Au contraire. Simone, contrairement à peut-être d’autres auteur-e-s/essayistes/historien-ne-s, a une jolie plume, acérée mais fluide, pas toujours juste mais très passionnée. En fait, du début à la fin, on suit sa pensée (sauf dans le bout Mythes que j’ai sauté parce que j’avais envie de m’enfuir à toutes jambes devant les diverses représentations sadiques ou angéliques qu’on a inventé sur les femmes) sans jamais vouloir l’interrompre, sauf quand le propos, énoncé de façon tellement claire et nette comme une lame, nous fait mal.

Parce qu’elle parle des femmes, la Simone. En s’aidant (ou devrais-je dire en s’armant) de milles exemples et citations, elle parle de nous. De notre assouvissement et de notre liberté, de notre sexualité et surtout de notre érotisme, de notre image et de notre nous-mêmes, de nos peurs et de nos volontés. Et elle le fait avec talent, raison et sans mélodrame.

De nos jours, je dirais que cette lecture est toujours pertinente, peut-être moins qu’elle l’était au moment de sa parution, mais les enjeux dont elle parle nous touchent toujours.
Que ce soit quand elle parle de sexe et de comportements et attitudes à l’intérieur du couple, quand elle discute de dépassement de soi ou lorsqu’elle démolit les arguments des antiféministes d’un coup d’encre, elle nous démontre toujours avec clarté les facettes multiples de la condition féminine.

Et c’est aussi ça, le fantastique avec cette étude. Parce qu’en parlant des femmes, Simone réussit à parler d’êtres humain-e-s. Du particulier elle évoque le général, de l’individuel elle va vers la collectivité, et ce sans jamais oublier les particularités des un-e-s et des autres.

Moi, juste quand elle explique comment le patriarcat (système d’oppression des femmes par les hommes) opprime aussi, bien qu’à moindre échelle et de façon moins profonde, les hommes eux-mêmes, et comment ça ne sert à rien, au quotidien, de chercher à qui la faute, qu’il faut plutôt tenter de sortir des cycles vicieux qui en résultent, aïe j’avais des frissons.

Oh et puis ce livre nécessite d’être lu, par les femmes et aussi par les hommes, simplement parce qu’il représente par sa forme même ce qu’elle tente de dire à la face du monde, c’est-à-dire que les femmes sont des êtres conscient-e-s et capables, et que ce n’est pas à travers d’autres mais bien grâce à elles-mêmes qu’elles aussi peuvent conquérir leur liberté. (Et ça vaut pour les hommes!)

Je vous donne en cadeau un extrait de sa conclusion, trésor de mots réfléchis et toujours vrais, qui, vous êtes pas vites si vous l’avez pas encore deviné, m’ont touché droit dans la conscience.

Oh et puis non, allez le lire.

*

Et pour les antiféministes qui se demandent en quoi le féminisme est toujours utile de nos jours dans le monde occidental, je ne prononcerai que les mots pornographie, prostitution, couple, travail et je vous laisse faire le reste du travail tout-e-s seul-e-s pour aujourd’hui.

*

Oh et je tiens à dire que je suis d’accord avec elle aussi quand elle dit que les femmes ne seront jamais totalement libres tant que les être humain-e-s en général ne se seront pas libéré-e-s des chaînes du système d’économie capitaliste, autre système d’oppression qui marche main dans la main avec le patriarcat.

Je ne savais pas trop où classer ce roman de Jean-Marie Gustave Le Clézio.
Si vous voulez une introduction moche, je dirai que c’est une biographie du couple de peintres Diego Rivera et Frida Kahlo.

Mais si vous voulez vraiment avoir une idée du portrait que nous raconte Le Clézio, je devrai parler de roman et de poésie.
Parce qu’en fait, c’est avec passion qu’il nous parle de la vie de ces deux peintres d’un génie un peu fou, de leur couple, à partir de leur enfance jusqu’à leur mort. Il fait carrément revivre le Mexique des années 20, le Mexique révolutionnaire, tout juste à l’aube de la Révolution russe. Sa mise en contexte n’en est pas une, car c’est en fait à travers elle, par et pour ce Mexique que Diego et Frida ont créé, jusqu’à bouleverser son paysage artistique et son identité culturelle.

Je n’ai jamais lu de biographie (hum, j’en ai lu très peu, je dois l’avouer) racontée avec autant d’ardeur et de poésie. Il fait de leur vie un hymne, nous la rend accessible, nous permet de plonger à l’intérieur de leur amour, de comprendre leur attachement à leur terre, leurs racines indigènes, leur art et la révolution.
Tout au long de la lecture des parallèles magnifiques sont établis avec leurs oeuvres respectives.

On dirait qu’il les a connuEs. Et ça me donne l’impression que seulE unE artiste peut raconter de façon aussi personnelle et poétique unE autre artiste.

*

Et ce n’est pas du tout kitsh, comme on pourrait être tenté de le croire en lisant ce résumé.

On va faire une petite expérience, d’accord? Levez-vous, allez chercher un grand verre et remplissez-le de lait. (De toute façon, le lait c’est bon et ça ne peut pas faire de mal à votre dentition.) Si vous n’êtes pas chez vous, eh bien, utilisez votre imagination. Ensuite, contemplez le liquide blanc sous vos yeux. Essayez d’imaginer qu’on vous plonge la tête dans ce lait, mais que vous ne pouvez fermer les yeux. Vous voyez tout blanc, d’un blanc lumineux, pur. Vous fermez les yeux et tout est encore blanc.
Vous êtes aveugle. Vous ne voyez rien, vous voyez blanc.

C’est ce qui arrive subitement èa un homme bien ordinaire qui attendait que le feu de circulation tourne au vert, un matin, dans sa voiture. (Bon, certains diront que ce n’était que sa juste punition pour avoir utilisé son auto sans faire de covoiturage…) C’est de cette façon que commence L’Aveuglement, un roman de José Saramago. On découvre que cette cécité, le  »mal blanc », est contagieux, il se répand rapidement dans la population, transmi par le  »regard » des aveugles. Réaction classique des dirigeants? On isole les aveugles dans un asile désafecté, puis dans plusieurs, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une seule personne possédant encore la vue. Sauf une. Une femme d’ophtalmologue, qui va guider un petit groupe jusqu’à la fin de cette crise.

Dit comme ça, ça paraît presque sympathique. Le blanc c’est bien, c’est propre, lumineux. C’est toujours mieux que noir, non?
En fait, il s’agit du récit de la déchéance humaine, de sa chute vers les bassesses les plus effrayantes. C’est l’omniprésence de la violence, mais aussi celle des déchets, de la merde (oui, carrément!) et des morts qui s’entassent un peu partout. C’est dégoûtant, horrible et pourtant… c’est réaliste. Ça n’étonne pas, mais ça décourage.

Mais.

Mais c’est aussi le récit du meilleur de l’Homme, de son sens incroyable de la survie et de l’entraide, parfois. Une petite lumière, faible et hésitante, mais tout de même une lumière au bout du tunnel.

Surtout, c’est bon. C’est vraiment très très bon.
Et puisque c’est le premier bouquin que je vous recommande ici, lisez-le!

Ce livre est loin d’être un roman.
Très lourd à lire.
Contenant énormément de dates.
Extrèmement riche en détails.
Des débuts très timides jusqu’à la fin éclatante.

Ceci est notre histoire. Avec un grand H.
Celle qui a révolutionnée le Québec.
Celle qui nous a mis au diapason.
Celle qui nous as inscrite dans le grand livre des révoltes.

1963. Des graffitis.
Plus tard, des bombes.
Ce temps-là dura bien longtemps.

La multiplication des cellules.
De gauche. De droite. Extrèmiste. Modérée.

McGill français. Indépendance québécoise. Désir d’appartenance.

L’apparition d’un parti politique.
Déboulement des évènements.
Les enlèvements.
Le manifeste.
La mort. Accidentelle ou provoquée?

Puis, la poussière est retombée.
Le peuple québécois est revenu. Fidèle à lui-même.
Laissant l’eau lui couler sur le dos. Tel un canard.

Patriote

Encyclopédie de cette décennie de violence.
À ne pas manquer si vous êtes un mangeux de politique et/ou histoire.

**

Gwenaëlle l’a lu aussi. Son opinion:

«Lourd? Peut-être un peu. Ardu? Seulement quand on s’enfonce dans le tourbillon des dates et des noms. Captivant? Ouais!

C’est un livre (et non pas un roman) qui nous dévoile une partie de l’histoire de notre Québec, cette histoire que nous avons l’habitude de mépriser violemment. C’est aussi un livre qui fera de vous une encyclopédie ambulante. Il deviendra impossible de mentionner les mots Octobre, FLQ, Laporte (etc.) et l’année 1970 sans que vous vous lanciez dans un exposé complet sur le pourquoi du comment. C’est surtout un livre incroyablement bien documenté qui relate la dizaine d’année active du mouvement felquiste, les terroristes québécois (!).»