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J’ai parfois l’impression que la musique ou les livres qui m’entourent, aussi classiques et difficiles à lire soient-ils (du moins, lorsque je m’efforce de lire des classiques), me viennent en quelque sorte tout cuits dans le bec. Généralement, même les thrillers les plus denses, les musiques les plus compliquées sont quand même faits pour être compris. Du coup, il est agréable parfois de pouvoir laisser aller son imagination pour inventer toutes sortes d’histoires sans déroger à une quelconque sacro-sainte règle d’analyse.

Et voilà, il y a Nosfell. On dit qu’il est Français, mais il se présente en concert et dans toute sa musique comme une sorte d’extra-terrestre, provenant d’un pays appelé Klokochazia, où on parle le Klokobetz. Dans un mélange de cette langue et d’anglais, il raconte des histoires de son pays, du moins le suppose-t-on, aidé par un sens particulier de la métamorphose, tant dans sa gestuelle que dans sa musique et dans sa voix.

Au début, on cherche à comprendre, à mettre des lettres sur les sons si particuliers qu’on entend sortir de sa bouche. Mais rapidement on se rend compte qu’il est impossible de les retranscrire correctement, ils semblent changer d’une écoute à l’autre.

À écouter si on a envie de s’évader, c’est simplement dommage que ce soit si difficile à trouver au Canada…

Pour plus d’infos, ce site est bien fait et la version longue de Mindala Jinka dans la section médias est géniale!

Nosfell en concert

On va faire une petite expérience, d’accord? Levez-vous, allez chercher un grand verre et remplissez-le de lait. (De toute façon, le lait c’est bon et ça ne peut pas faire de mal à votre dentition.) Si vous n’êtes pas chez vous, eh bien, utilisez votre imagination. Ensuite, contemplez le liquide blanc sous vos yeux. Essayez d’imaginer qu’on vous plonge la tête dans ce lait, mais que vous ne pouvez fermer les yeux. Vous voyez tout blanc, d’un blanc lumineux, pur. Vous fermez les yeux et tout est encore blanc.
Vous êtes aveugle. Vous ne voyez rien, vous voyez blanc.

C’est ce qui arrive subitement èa un homme bien ordinaire qui attendait que le feu de circulation tourne au vert, un matin, dans sa voiture. (Bon, certains diront que ce n’était que sa juste punition pour avoir utilisé son auto sans faire de covoiturage…) C’est de cette façon que commence L’Aveuglement, un roman de José Saramago. On découvre que cette cécité, le  »mal blanc », est contagieux, il se répand rapidement dans la population, transmi par le  »regard » des aveugles. Réaction classique des dirigeants? On isole les aveugles dans un asile désafecté, puis dans plusieurs, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une seule personne possédant encore la vue. Sauf une. Une femme d’ophtalmologue, qui va guider un petit groupe jusqu’à la fin de cette crise.

Dit comme ça, ça paraît presque sympathique. Le blanc c’est bien, c’est propre, lumineux. C’est toujours mieux que noir, non?
En fait, il s’agit du récit de la déchéance humaine, de sa chute vers les bassesses les plus effrayantes. C’est l’omniprésence de la violence, mais aussi celle des déchets, de la merde (oui, carrément!) et des morts qui s’entassent un peu partout. C’est dégoûtant, horrible et pourtant… c’est réaliste. Ça n’étonne pas, mais ça décourage.

Mais.

Mais c’est aussi le récit du meilleur de l’Homme, de son sens incroyable de la survie et de l’entraide, parfois. Une petite lumière, faible et hésitante, mais tout de même une lumière au bout du tunnel.

Surtout, c’est bon. C’est vraiment très très bon.
Et puisque c’est le premier bouquin que je vous recommande ici, lisez-le!